HISTOIRE. A travers un ouvrage co-écrit avec André Bourgoin, Jean Matifas rend hommage aux Charentaises-Maritimes déportées, internées et résistantes durant la Seconde Guerre mondiale
La Résistance au féminin
Les livres d'histoire n'ont pas toujours accordé la meilleure place aux femmes, en particulier dans les chapitres consacrés aux guerres, où domine le genre masculin.
Ce n'est pas moins vrai lorsqu'on évoque la Seconde Guerre mondiale, l'Occupation allemande et la Résistance française, une période dont le Rochelais Jean Matifas ne se souvient que trop bien, lui qui fut arrêté en 1943 par la police française, emprisonné au centre de détention d'Eysses à Villeneuve-sur-Lot puis livré aux Allemands en 1944, avant d'être déporté au camp de Dachau à l'âge de 19 ans.
Il y a trois ans, le président départemental de la Fédération des déportés et internés résistants et patriotes (FNDIRP) a publié un article, écrit avec André Bourgoin, dans la revue « Écrits d'Ouest » (*), traitant du rôle joué par les femmes dans la Résistance en Charente-Maritime. « Nous avions déjà raconté l'histoire d'André Sautel et du commandant de la Motte Rouge, deux figures rochelaises de la Résistance. J'avais déjà évoqué aussi Annette Machefaux-Epaud, déportée et gazée à Auschwitz. C'est elle qui m'a donné envie de m'intéresser de plus près aux femmes de la Résistance. »
Annette, martyre et juste
Anne-Marie Machefaux-Epaud, dite « Annette », est à elle seule un symbole. Fille d'un marin pêcheur disparu en mer, militante communiste, elle fit du café « A l'ancre coloniale », à l'angle de la rue des Voiliers et de l'avenue des Cordeliers, un lieu de liaison de la Résistance.
« Durant la Guerre d'Espagne, elle accueillait déjà des républicains espagnols clandestins. Pendant l'Occupation, le café servait de cache et de lieu de réunion. Elle fut dénoncée par Ferdinand Vincent, un ancien FTP [Franc-Tireur et Partisan] qui avait tourné sa veste, et envoyée à Auschwitz. Un jour, alors qu'elle donnait à boire à une maman détenue dans le block 25, réservé aux juives condamnées à mort, elle fut surprise par une gardienne SS. Elle fut envoyée dans les chambres à gaz. Marie-Claude Vaillant-Couturier, qui témoigna au procès de Nuremberg, rapporta cette histoire », souligne Jean Matifas.
Le nom d'Annette Machefaux-Epaud, reconnue « Juste parmi les nations », a été donné à un square de Port-Neuf et il figure sur une plaque, fixée à l'endroit où était situé son café. Le nombre de résistantes, la somme de documents et de témoignages recueillie, notamment à partir du fichier de l'Amicale d'Auschwitz, ont incité Jean Matifas et André Bourgoin à faire de leur article un ouvrage à part entière. Grâce à Mickaëlle Augé, historienne de l'Office national des anciens combattants, une plaquette a été tirée en mai dernier à 100 exemplaires. En attendant qu'un éditeur prenne le relais...
Toutes les femmes auxquelles les auteurs rendent hommage n'ont pas connu le même sort qu'Annette Machefaux-Epaud. 47 ont été déportées, 19 internées en France. D'autres résistantes n'ont jamais été prises. « Ces actes consistaient souvent à faire passer des messages. Toutes ne commettaient pas des sabotages, mais leur travail clandestin n'était pas moins capital », assure Jean Matifas.
De Catherine à Marcelle
Citons, par exemple, Hélène Feuillâtre, dite « Catherine », employée à la préfecture de La Rochelle, mais aussi agent au service du réseau Gallia, du Bureau central de renseignements et d'action (BCRA) de l'état-major du général de Gaulle, qui envoyait des messages radio depuis le clocher de la cathédrale et a permis l'interception d'un sous-marin allemand au large de l'île de Ré.
Renée Michaud, dite « Marcelle », n'eut pas la chance de demeurer dans l'ombre. Alors qu'elle était sur le point de se marier avec André Sautel (les bans étaient publiés), elle entra en clandestinité. Trop connue dans sa région, elle fut chargée d'organiser le Front national de lutte en Gironde. Elle fut arrêtée à Bordeaux en 1942 et envoyée au camp d'Auschwitz-Birkenau, où elle mourut un an plus tard.
(*) Les Cahiers d'histoire régionale, d'art et de littérature, n° 15, éditions Bordessoules.
Auteur : Frédéric Zabalza